Du Directoire au Consulat

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Directoire et Consulat (1795-1804)

Le Directoire fut  créé le 23 septembre 1795 par la Convention après la chute de Robespierre. Plusieurs journaux furent supprimés, de droite comme de gauche.  Le Journal de Paris, qui vit le jour en 1777, résista comme modéré à la purge.

Campagne d’Italie 1797

Depuis 1796, le Directoire organise des campagnes militaires en Italie pour obliger l’Autriche à céder à la France ses frontières naturelles. Bonaparte, lors de sa seconde campagne d’Italie bat l’Autriche et ses alliés. En janvier et février 1797, les Autrichiens qui veulent délivrer Mantoue et reprendre Milan encerclent les Français sur le plateau de Rivoli mais Bonaparte renverse la situation et remporte la victoire.

« Journal de Paris du mercredi 1er février 1797 : Lettre du général Berthier, du quartier général de Vérone, le 30 Nivôse – Je certifie que dans les différentes batailles qui ont eu lieu depuis le 19 Nivôse jusqu’au 27 Nivôse, l’état des prisonniers de guerre autrichiens monte déjà à plus de 20 mille, dont 700 hommes de cavalerie, et qu’il en arrive à chaque instant. L’ennemi nous a laissé 44 pièces de canon avec leurs caissons…. »

« Journal de Paris du mercredi 8 février 1797 : Bonaparte envoie au Directoire onze drapeaux pris sur l’ennemi aux batailles de Rivoli et de la Favorite. Il y joint des lettres interceptées qui décèlent l’opiniâtre mauvaise foi de la cour de Rome, et le projet qu’elle a conçu d’adresser des brefs à tous les princes catholiqueset de déclarer une guerre de religion , dès qu’elle se sera assurée de l’alliance de l’Empereur… »

« Journal de Paris du jeudi 9 février 1797 : Combat de Carpenedolo – La division du général Massénas’est portée, le 5 Pluviôse, de Vicenze à Bassano, que les Autrichiens semblaient avoir l’intention de défendre. Instruit le 7 à la pointe du jour, qu’ils avaient évacué Bassano, pendant la nuit, il s’est porté à Carpenedolo, où ses troupes , avec celles du général Ménard, ont atteint l’ennemi. Un combat très vif s’est engagé sur le pont. L’ennemi, après une forte résistance, a été forcé à la baïonnette, et s’est retiré, laissant 200 morts, 900 prisonniers. La pluie continuelle, qui est tombée durant cette expédition, est cause que le reste de cette armée, n’est pas entièrement prisonnier de guerre. »

« Journal de Paris du samedi 11 février 1797 : Une lettre du général Bonaparte, écrite du quartier –généralde Bologne, en date du 13 Pluviôse, annonce que les troupes de la République sont entrées dans Roveredo et à Trente d’où elles continuent à poursuivre l’ennemi… Mantoue, le 15 Pluviôse – La garnison, consistant en 15.000 hommes est prisonnière de guerre, avec permission de se retirer à Vienne, et sous l’engagement de ne pas servir jusqu’à l’échange. Nous gardons deux généraux pour otages. L’artillerie, les armes, les bagages restent en notre pouvoir. »


Tout en maintenant le principe de la liberté de la presse, le Directoire lui apporta certaines limites, interdisant même plusieurs journaux.

« Arrêté du Directoire Exécutif qui prohibe le journal intitulé Le Défenseur de la Vérité et des Principes.

Le Directoire, vu le numéro 108 du journal intitulé Le Défenseur de la Vérité et des Principes, contenant entre autres choses, ce qui suit : Depuis longtemps, nous signalons à l’opinion publique, une faction dangereuse dont les affreux projets ne tendent à rien moins qu’à substituer au gouvernement démocratique leur monstrueuse aristocratie…

Considérant que cet article porte l’empreinte de la calomnie la plus audacieuse et que l’auteur n’a pu avoir d’autre intention que d’attirer sur le Conseil des Cinq-cents la haine des citoyens, le journal Le Défenseur de la Vérité et des Principes est prohibé. » Signé Barras, Lamarque et Diché.

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De nombreux autres périodiques raillent le Directoire. Ils disparaîtront progressivement. Voici un article des Rapsodies, feuille royaliste de Villiers, du 19 février 1797 :

« Aux yeux d’un étranger, Paris offre un tableau mouvant bien original. A voir la gaité qui règne sur toutes les figures, il ne se douterait jamais que le peuple qu’il rencontre est ce même peuple travaillé depuis sept ans par mille et une factions, qui toutes l’ont tourmenté en sens inverse, et l’ont déchiré tour à tour. Les murs sont tapissés d’affiches qui annoncent un spectacle, des exercices de physique, des exercices d’équitation, de danses de corde, de voltige, de bal, de concert, de fêtes.

Ici, c’est Lecointre de Versailles qui veut passer pour un bon citoyen ; là, c’est M. Prudhomme cherchant à laver sa vieille lèpre démagogique. Sur toutes les boutiques, les caricatures sont à l’ordre du jour.

Ne croyez pas que la conspiration dernière, et les « incroyables » succès du vainqueur de l’Italie occupent les salons ; du tout. La conspiration a été étouffée entre les matelas. Buonaparte et sa gloire seraient bientôt oubliés si les publicistes n’en parlaient plus… »

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Rapsodie No 56 du 24 février 1797 : « Le temps des élections approche, c’est celui des orages. Les intrigants, les menées, les meneurs, se fourvoient. Combien de gens ne portent pas sur leur front cette inscription : Homme à louer ou à vendre, et qui n’en sont pas moins à louer ou à vendre. Séance du 4 février, Conseil des Cinq Cents : Un impertinent des tribunes, s’agitant comme une tricoteuse, s’avance entre les têtes de ses chefs de file, demande la parole ; la constitution la lui refusant, Laloi, son interprète, le rappelle à l’ordre. Le doux Bertholet s’égosille à crier silence , les tribunes à crier à bas le chouan ; les croyables (il s’en trouve partout), malgré les sifflements des serpents du marais, les hurlements des ours montagnards, malgré les soupirs des ventriloques, le chouan, le royaliste, le matelassier (agent de la conspiration des matelas) fait entendre ces paroles : Oui, Messieurs, point d’inviolabilité pour les coquins, que ceux qui doivent payent, grands et petits ; ainsi, je suis d’avis qu’il faut murer la porte des Cinq Cents et des Anciens. »

Cette feuille, plusieurs fois interdite changera de titre : Rapsodies du Jour- Rapsodies- Rapsodies au Salon…

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Cette période voit les Thermidoriens en pleine crise financière, vivant d’expédients, s’alliant tantôt avec la Droite, tantôt avec l’extrême gauche pour se maintenir au pouvoir. Attentats et complots se succèdent, procès des Babouvistes, procès du complot d’Artois…

Le journal de Gallais: Le Censeur des Journaux, rappelle, dans son numéro du 3 avril 1797, après des élections, ce que doit être un gouvernement issu de la Révolution.

« De Paris : Qui aime la liberté, respecte celle des autres : le peuple est libre quand ses chefs sont esclaves de la loi. La résistance opiniâtre des gouvernements aux réclamations évidemment justes du peuple, sont plus que la tyrannie, le ressort du soulèvement général qui les renverse.

Quand un gouvernement est intérieurement travaillé par deux factions, l’une plus sourde et l’autre plus audacieuse, ce n’est pas celle-ci qui est la plus à craindre, mais ce n’est pas à celle-là seule qu’il faut attacher la perte de la république.

Quand les gouvernements, pour ménager quelques intérêts du moment, tardent à se prononcer contre des innovations attentatoires à la morale ou à la société, ils méritent d’éprouver les malheurs qui les attendent.

De tous les tyrans, les plus farouches et les plus cruels, sont ceux qui, ne tenant leur usurpation, ni de leur naissance, ni de leurs talents, ni de leurs succès, prétendent la maintenir par la force ou par la ruse. Il est aujourd’hui reconnu que moins les mots sont intelligibles, et plus leur succès est rapide. La religion serait un de ceux dont l’abus a fait le plus de mal aux hommes, si nous ignorions celui de liberté. Quand la considération publique n’accompagne plus les actes d’un gouvernement, aucune force humaine ne peut retarder sa chute.

Dans une république, l’honneur de remplir une fonction de l’état doit être compté pour beaucoup, et les émoluments pour peu. Les citoyens qui recherchent et acceptent des places dans la vue de s’enrichir, sont les ennemis de l’état. Lorsque les honneurs décernés aux premiers magistrats d’une république ne sont pas reconnus ou tournés en ridicule, la république est sur le chemin de sa ruine…

Les nouveaux députés n’arriveront pas. On prépare de grands mouvements. Le Directoire a peur d’être mis en accusation. Voyez les soldats qui arrivent, voyez les cartouches qu’on leur distribue ; entendez-vous Delmas qui demande de la poudre ? Entendez-vous Dubois-Crancé qui dit « Nous vaincrons »… ? … Que feront maintenant contre une si imposante majorité quelques scélérats ? Que feront un prince de Rohan-Rochefort, tout sali de la fange démagogique, nommé à Dourdan ? Un nommé Guillaume Comte, ancien voiturier, qui le lendemain du 10 août, vint à Paris couper le doigt d’un Suisse, qu’il suçait avec délice après l’avoir trempé dans l’eau de vie ? Il est nommé à Argenteuil….

Ceux qui, d’après de vieilles idées royalistes, attribuent les désordres de nos finances aux dilapidations multipliées, apprendront avec plaisir que, grâce aux soins du gouvernement, la réforme est en bon train car, il y a six ou sept jours, il n’en a coûté que 7000 livres pour faire effectuer un paiement de 700.000 livres… »

Toute ressemblance avec la situation actuelle ne serait que fruit du hasard.